Déforestation: des pistes d’espoir !

Salut les amis !

Aujourd’hui, nous poursuivons notre petit tour autour de la question de la déforestation. Dans un précédent article, nous sommes arrivés au triste constat que l’évolution de l’être humain le conduit en quelque sorte à scier la branche sur laquelle il est assis… En détruisant la Nature par une déforestation à outrance, non seulement de nombreuses espèces vivantes continuent de disparaître, mais l’être humain risque de précipiter sa propre perte. Aujourd’hui, nous allons tenter d’entrevoir quelques pistes d’optimisme ! Et oui ! Faut pas se laisser abattre quand même !

Le regard panoramique de plusieurs chercheurs sur la question

Nous avons rencontré le Dr. Jean-Marc Roda qui est chercheur au CIRAD (l’organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes). Installé depuis plusieurs années à Kuala Lumpur, il travaille à l’Institut de Recherche sur les Forêts de Malaisie (FRIM). Il est expert dans le domaine des enjeux géopolitiques et socio-économiques liés à la déforestation.

Au FRIM, nous avons également eu la chance de rencontrer le Dr. Lim Hin Fui qui est anthropologue et qui connait très bien les problématiques liées à l’intégration et la reconnaissance des peuples indigènes en Malaisie. À ses côtés, nous avons même échangé sur des sujets très différents, comme l’alimentation et la manière de favoriser l’harmonie au sein des familles et des sociétés. Une vision inspirée, entre autres, du Confucianisme… Mais cela, c’est une autre histoire que nous vous conterons peut-être dans un prochain article 🙂

deforestation_09De fil en aiguille, nous avons également eu la chance de rencontrer la Dr. Margarita Naming, chercheuse au Sarawak Biodiversity Centre, sur Bornéo. Elle travaille principalement sur la préservation des plantes médicinales et des savoirs ancestraux des peuples indigènes.

Grâce à ces personnes, notre compréhension de la problématique et des enjeux liés à la déforestation s’est un peu élargie et nous a permis de nourrir un peu d’optimisme 😉

Déforestation: les deux faces d’une même pièce

Selon J-M Roda, parmi les causes profondes de la déforestation nous retrouvons principalement: la pauvreté et l’absence de gouvernance solide. Ces deux problématiques sont comme les deux faces d’une même pièce. Y remédier en profondeur serait l’espoir de voir se dessiner une gestion raisonnée et durable des ressources naturelles. Mettre fin à une déforestation insatiable, comme c’est encore le cas en Indonésie, notamment à Sumatra, mais aussi dans d’autres pays tropicaux comme en Amérique latine.

Lutter contre la pauvreté

1. Sensibiliser les paysans à de nouvelles pratiques agricoles

deforestation_10Dans les pays comme l’Indonésie, J-M Roda nous apprend, contrairement à certaines idées reçues, que les gens dans la pauvreté sont malheureusement très souvent les premiers acteurs et victimes de la déforestation. Chaque année, de nombreux petits paysans sont à l’origine de plusieurs départs de feux qui finissent par être complètement incontrôlables. A la base, ces départs de feu sont volontaires. Ils s’inscrivent dans une pratique traditionnelle qui s’apparente à l’agriculture sur brûlis.

Seulement, les changements climatiques récents ont commencé à perturber les cycles climatiques naturels dans ces régions. Et ce qui était un petit feu gérable à l’échelle humaine devient une fournaise et un brasier dévastateur complètement incontrôlable. Cet immense brasier génère ce qu’on appelle en anglais le fameux «haze». Le«haze» conduit à une énorme pollution atmosphérique, ravage des centaines d’hectares de forêt vierge et détruit un nombre incommensurable d’espèces vivantes.

deforestation_12Pour réduire les risques d’incendie, J-M Roda évoque l’importance de sensibiliser les paysans à de nouvelles pratiques agricoles. Bien-entendu, il ne s’agit pas nécessairement de mettre fin à des pratiques traditionnelles au profit de nouvelles pratiques modernes et industrielles. Simplement, adapter les pratiques traditionnelles aux nouveaux enjeux environnementaux.

Personnellement, je pense à des approches comme la permaculture. La permaculture permet de conserver à la fois un savoir traditionnel, tout en respectant profondément les ressources environnementales et assurer un développement économique et humain durable. Je vous invite à lire au sujet de la permaculture, deux articles que nous avons écrits à la suite de notre visite du Bumi Langit, en Indonésie (1 & 2).

2. Offrir un accès raisonné et facilité à la propriété du sol

Malheureusement, certains des départs de feux destructeurs sont également déclenchés par des gens dans la pauvreté qui ne trouvent pas d’autre façon de s’approprier des terres que de mettre le feu à certaines parcelles en lisière de forêt. Fatalement, ces départs de feu finissent souvent par devenir totalement incontrôlables.

Un accès raisonné aux terres ne peut s’envisager sans une gestion équitable des ressources naturelles orchestrée par un pouvoir gouvernemental éclairé par la cause environnementale et sociale. Afin de garantir la meilleure régulation et exploitation des ressources naturelles, tout en permettant aux gens de vivre et de se développer économiquement et humainement de manière décente.  Ce rôle important de la gouvernance, nous le détaillons un petit peu plus bas. Vous me direz sans doute : « Eh bien, il y a du boulot ! ». Ce n’est pas faux. Mais ce n’est peut-être pas irréalisable pour autant !

3. Préserver les savoirs ancestraux des peuples primaires

Lutter contre la pauvreté, c’est aussi valoriser les ressources naturelles tout comme les savoirs ancestraux des peuples indigènes, de façon à protéger un Inestimable patrimoine biologique et culturel. Cela peut se faire et se fait déjà dans certains pays, comme la Malaisie, en développant par exemple l’écotourisme et le commerce équitable. Ce patrimoine biologique, c’est également un fabuleux vivier de molécules naturelles qui sont à l’origine des nouveaux médicaments de demain. L’industrie pharmaceutique a donc tout intérêt, elle aussi, à préserver les ressources naturelles.

deforestation_16Les chercheurs que nous avons rencontrés en Malaisie, comme le Dr. Lim Hin Fui et la Dr. Margarita Naming, nous parlent des nombreux efforts entrepris depuis plusieurs années en vue d’une conservation optimale des ressources biologiques. Nous en avons d’ailleurs fait un peu l’expérience !

Aujourd’hui, les aires de forêt primaire protégées en Malaisie sont plutôt bien délimitées, notamment grâce au travail du FRIM. Ce qui fait que si un chercheur ou un entrepreneur souhaite travailler sur un secteur protégé, il doit s’armer de bons arguments et de patience afin que son projet puisse voir le jour. D’autant que l’accord de ce projet ne pourra généralement se faire sans l’approbation des peuples indigènes directement concernés. Cela ne veut pas dire que tout est parfait à ce niveau là. Mais il y a tout de même du bon.

Quoiqu’il en soit, on le voit, lutter à tous les niveaux contre la pauvreté ne peut se faire sans l’appui solide d’un gouvernement structuré et organisé…

Une gouvernance structurée et éclairée

J-M Roda nous confie que la Malaisie est probablement l’un des pays « modèles » qui gère le mieux la question de la déforestation, même si ce n’est pas la panacée. Il faut savoir que la Malaisie est une monarchie fédérale parlementaire multipartite dont la religion d’état est l’Islam… En gros, on se rapproche d’une démocratie en apparence, même s’il n’est pas de bonne augure de parler de tout et de n’importe quoi avec n’importe qui  😉

1. Planification intelligente des ressources

deforestation_13La Malaisie est donc plutôt bien organisée, ce qui lui a valu d’établir depuis plusieurs décennies déjà un plan de gestion à long terme de ses forêts avec, pour objectif, de conserver 50 % de ses forêts primaires. On pourrait toujours contester cet objectif. Mais ce que je retiendrai, c’est qu’aujourd’hui la Malaisie a pratiquement atteint cet objectif et que les nouvelles surfaces déforestées commencent à diminuer jusqu’à atteindre un certain « plateau ». La déforestation commence donc à laisser place à une gestion renouvelée des cultures industrielles déjà établies, comme les cultures d’huile de palme.

2. Collaborations « gagnants-gagnants »

deforestation_17Une gouvernance éclairée et intelligente, c’est aussi le fruit de beaucoup de patience, de dialogue et des collaborations internationales efficaces, nous témoigne J-M Roda avec quelques étincelles dans les yeux. Une condition essentielle, c’est que ces collaborations soient réellement le fruit d’un travail collectif entre les différents acteurs concernés. Et plus important encore, que les acteurs locaux s’approprient « à leur façon à eux » le savoir partagé.

Ainsi, les locaux deviennent à la fois plus conscients, plus concernés, plus indépendants et donc plus à même de mener efficacement les actions appropriées. Oublier donc les « vieilles recettes coloniales » où les pays extérieurs (pour ne citer que l’Occident) arrivent avec un projet « tout fait » et l’imposent de manière un peu « impériale »… Sous-entendu: « on va vous montrer un peu comment il faut que vous fassiez ».

3. Une « juste » touche de protectionnisme

deforestation_20L’entretien avec la Dr. Margarita Naming, au centre de biodiversité à Sarawak, nous a permis de constater à quel point les autorités étaient très à cheval sur la protection de leurs ressources naturelles !

Le centre de biodiversité se concentre particulièrement sur le référencement des diverses plantes médicinales et de leur usage par les différentes peuples indigènes. Des collaborations étroites sont développées entre le centre de biodiversité et les différentes tribus. Il en résulte qu’aucune prise de décision n’est prise sans l’accord préalable des peuples. Du coup, cela garantit une certaine intégrité et protection des peuples et de leur savoir. D’un autre côté, nous qui voulions rencontrer ces peuples traditionnels, notamment leurs médecins traditionnels,  et bien c’était pas si facile de le faire sans demander l’autorisation préalable des peuples. De même pour la recherche scientifique, il est nécessaire de remplir des formulaires de demande d’autorisation assez contraignants.

Au final, j’ai trouvé personnellement que cette forme de protectionnisme et de vigilance un peu exacerbée de la part du centre de biodiversité avait au moins le mérite de souligner l’importance que le gouvernement accorde à la protection de ses ressources naturelles. Ce n’est malheureusement pas systématique chez la plupart des autres pays concernés par la déforestation.

Et nous à notre niveau, que pouvons-nous faire ?

La déforestation touche certaines régions du monde en particulier et nécessitent inévitablement une remise en question profonde des pratiques économiques et politiques des pays directement concernés. Il n’en demeure pas moins que la déforestation est une problématique globale qui nous touche à nous aussi plus ou moins directement.

Nous pouvons nous sentir un peu impuissant face à cette problématique de la déforestation qui peut paraître bien loin de notre champ d’action. En réalité, nous aussi nous pouvons tirer un peu sur les ficelles, à notre petite échelle. Plus nous serons de petits bras à tirer sur ces ficelles et plus nous pourrons former un levier suffisant puissant pour faire bouger la machine. Voici quelques pistes de réflexion et d’action que nous pouvons entreprendre à notre niveau.

1. S’informer et se faire sa propre opinion.

deforestation_21A l’heure du numérique, nous sommes souvent noyés par le flot d’information… S’informer de manière fiable et indépendante, c’est pas toujours facile. Réfléchir et se faire une opinion soi-même l’est encore moins.

Personnellement, depuis quelques années nous avons choisi de ne plus beaucoup regarder les informations nationales. Principalement parce que leur contenu nous paraît quelque peu « appauvri » et exagérément « déprimant »  par rapport à l’état réel de la situation… Nous privilégions de loin le journalisme d’investigation et de bons documentaires bien ficelés qui traitent intelligemment de sujets souvent complexes…

2. Cultiver l’optimisme

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Alors que la majorité des gens aspirent au bonheur, la réalité du quotidien nous ramène souvent à la souffrance du monde et à notre propre souffrance. Je reconnais que cela donne parfois envie de baisser les bras. Pour cultiver l’optimisme, je crois qu’il faut retrouver un peu notre cœur d’enfant… Je vous invite à ce sujet à écouter la musique que j’ai composée « Je T’Emmène en Musique #2: Maturation » et les réflexions qui l’accompagnent !

Cultiver l’optimisme, c’est aussi opter pour la confiance que nous sommes maîtres de notre destin, bien plus que nous ne l’imaginons parfois. En s’accordant notamment le temps et les moyens de parvenir à nos aspirations les plus profondes… C’est en partie grâce aux fruits de l’optimisme que nous sommes parvenus avec Rhéa, à rendre possible notre voyage en Asie

3. Réfléchir à son mode de consommation.

deforestation_24Dans le collimateur de la déforestation en Malaisie et en Indonésie, il y a inévitablement la culture d’huile de palme. Rappelons que la majorité de la production industrielle d’huile de palme en Asie du Sud-Est est exportée vers l’Europe, essentiellement pour nos propres besoins alimentaires… Rappelons que la déforestation, c’est également l’exportation de bois exotique ainsi que l’explosion de surfaces agricoles dédiées à l’industrie de la viande. Concernant ce dernier point, je vous invite fortement à visionner le documentaire Cowspiracy.

Là où je veux en venir, c’est que nous pouvons faire le choix citoyen de favoriser de plus en plus les circuits courts de consommation dans notre vie de tous les jours. Favoriser les liens directs entre les consommateurs et les producteurs (e.g. AMAP, GASAP, La Ruche qui dit Oui!, etc.) ainsi que les artisans locaux. Si en plus, on privilégie des produits sains, respectueux de l’environnement, c’est la cerise sur le gâteau ! Et le pompon sur la cerise, ce serait de diminuer intelligemment notre consommation de produits d’origine animale (notamment viandes et poissons) tout en augmentant nos ration de légumes (notamment du cru) !

Rien que des petits changements de ce style, au niveau individuel et familial, peuvent finir par peser sur la balance économique et sociale de nos comportements collectifs.

4. S’engager

permaculture-spiritualite_16Je pense que le premier engagement, c’est avant tout celui que l’on se fait vis-à-vis de soi-même: 1) s’informer correctement pour se faire sa propre opinion; 2) cultiver l’optimisme et 3) commencer à intégrer des changements dans son mode de vie. Commencer donc à se changer soi-même pour voir ensuite des changements s’opérer dans le monde.

Une fois que l’on se sent affermi et en cohérence au niveau individuel, entre ses convictions profondes et ses actions, alors l’engagement à un niveau collectif (associatif, voire politique) peut devenir réellement effectif. Et contribuer à des changements profonds et significatifs au cœur de la société. Pourquoi ne pas soutenir un Organisme Non Gouvernemental ou une association luttant contre la déforestation ou la protection de la Nature ? Certainement. Restons toutefois vigilent et critique afin de ne pas s’embarquer sans réfléchir dans la première ONG venue!

Conclusion

Voilà les amis, notre deuxième article sur la vaste question de la déforestation touche à sa fin. J’espère que vous aurez appris certaines choses. Comprendre notamment que cette problématique est une problématique globale sur laquelle chacun d’entre nous peut avoir une plus ou moins grande influence.

De plus en plus, je prends conscience que si des changements profonds doivent s’opérer à une grande échelle de notre société, cela se fera grâce aux pouvoirs politiques, certes, mais aussi et surtout par les initiatives citoyennes de tout un chacun. J’ai le sentiment qu’il est préférable de pas attendre des politiques qu’ils nous proposent des solutions toutes prêtes et sur mesure. Mais au contraire, faire plutôt preuve d’initiative individuelle, réfléchie et consciente, en toute légalité ! 🙂

A bientôt pour de nouvelles aventures !

 je-t-emmene-en-voyage




Permaculture et Spiritualité: à la croisée des chemins

Salut les Amis !

Témoigner de la beauté de la Nature est quelque chose qui nous tient particulièrement à Cœur durant notre voyage en Asie. La permaculture fait partie de ces belles collaborations possibles entre l’Homme et la Nature. Une façon de soigner la Terre tout en soignant l’Homme. La permaculture aide aussi l’Homme à renouer avec la Nature dont il s’est parfois senti, à tort, désolidarisé. En partant de là, je me suis posé la question de savoir s’il existait une ou des formes de spiritualité qui sous-tendent l’approche de permaculture ? Si cela vous dit, je vous emmène en chemin vers quelques réflexions…   

Un exemple concret de spiritualité au cœur d’une approche de permaculture: L’institut du Bumi Langit

Nous avons été particulièrement et agréablement interpellé par notre visite de l’Institut Bumi Langit et de son Univers ! L’institut se trouve à Imogiri, au Sud de Yogyakarta, sur l’île indonésienne de Java. Nous y avons passé une journée en compagnie de notre hôte couchsurfeur Anggit et de ses amis. Ils ne connaissaient pas du tout la permaculture, ce fut donc l’occasion de leur faire découvrir ! En fait, une journée c’était déjà bien riche pour apprendre plein de choses que nous sommes heureux de te partager enfin 😉

Le Ciel de la Terre

Bumi Langit signifie en Indonésien « le Ciel de la Terre » (Merci google traduction ;). Ce qui est tout à fait intéressant car c’est la dimension à la fois très terre-à-terre de la permaculture et le côté spirituel qui se retrouve ainsi connectés. Et nous comprenons par les rencontres, que c’est un point d’honneur que le fondateur, Iskandar, a tenu à mettre en avant.

dsc_0065_permacultureNous avons eu la chance de bavarder avec un petit moment avec Iskandar. Ce partage, nous l’avons retranscrit dans un précédent article que nous t’invitons à vite découvrir 🙂 En résumer, Iskandar nous parle avec beauté et beaucoup d’amour dans son regard, de la façon dont le Bumi Langit propose un mariage harmonieux entre l’Islam et les principes de la permaculture. Une réflexion d’une grande profondeur qui a inspiré ce nouvel article.

La permaculture est-elle spirituelle ?

permaculture-spiritualite_03Pour aborder cette question, j’ai eu envie de partir de la définition du Bumi Langi qui signifie le « Ciel de la Terre » en Indonésien. Je me suis demandé en quoi la permaculture incarne t’elle une dimension « Terre », disons plutôt terre-à-terre. Et en quoi la permaculture propose une dimension « Ciel », c’est-à-dire plutôt spirituelle. Nous verrons qu’en fin de compte, le deux dimensions « Terre » et « Ciel » sont en fait un peu comme les deux faces d’une même pièce. Il n’est donc pas vraiment judicieux de les distinguer fondamentalement l’une de l’autre.

La dimension Terre

Jusqu’à présent, la plupart des modèles de permaculture que j’ai découverts en Belgique et en France, accordent une importance particulière au côté « Terre-à-Terre ». Ce qui ne signifie pas pour autant que ce côté est dénué de toute spiritualité, bien au contraire !

SONY DSC

En permaculture, on apprend par exemple à cultiver les plantes de la façon la plus optimale et la plus adaptée au milieu dans lequel elles se trouvent. Ou encore, à recycler toute la matière dans le but de créer un écosystème dont le bilan énergétique est très faible. En d’autres termes, viser la résilience, l’autosuffisance alimentaire et énergétique, et ce, en respectant la Nature. La permaculture invite souvent à recréer et dynamiser le lien social entre les gens. En favorisant par exemple des circuits courts entre le producteur et le consommateur (AMAP, GASAP)

Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet et la littérature est de plus en plus foisonnante. Je tâcherai d’en faire un tour d’horizon dans un prochain article.

La dimension Ciel

permaculture-spiritualite_02Quand j’évoque la dimension Ciel de la permaculture, je veux parler de la spiritualité qu’il y a derrière. De l’état d’Esprit qui la nourrit. Et si je fais une distinction entre le côté Terre-à-Terre et le côté Spirituel de la Permaculture, en réalité j’ai conscience qu’il ne serait pas très juste d’opposer les deux. Car s’investir de manière très concrète dans le travail de la Terre, tout en favorisant les liens sociaux est en soi une démarche spirituelle !

Pour moi, vivre sa vie de manière Spirituelle traduit la façon dont chaque individu se perçoit dans la Vie.  La manière dont il se comprend lui-même en tant qu’individu, tout autant qu’au sein de la société, du grand Écosystème que constitue notre Planète, voire de l’Univers…

Au jour d’aujourd’hui, une bonne partie de la pensée occidentale reste fondée sur une vision matérialiste de l’Etre humain et de ses rapports à la Nature. Je ne jette pas la pierre à la pensée matérialiste. Le matérialisme a contribué à l’évolution de l’être humain sur de nombreux aspects, notamment des avancées technologiques dans différents domaines. Toutefois, le culte de la pensée matérialiste nous mène aujourd’hui au triste constat d’une planète dégradée et en surchauffe. Les ressources naturelles continuent d’être vampirisées bien au-delà des capacités naturelles de régénération de la Planète. En plus de cela, on ne peut pas vraiment dire que le baromètre du bonheur intérieur soit au top chez la plupart des gens et des sociétés modernes…

Les 3 différentes facettes de la spiritualité

1. La conscience globale

permaculture-spiritualite_13Je suis enthousiaste de constater un point commun chez tous  les permaculteurs que j’ai rencontrés. Ils sont tous à peu prêt conscients et d’accord sur l’état de perversion de notre Système actuel, tant sur un plan écologique, politique et économique. Chaque permaculteur ressent en lui que notre système actuel ne peut pas continuer ainsi. Qu’il est nécessaire de chercher, de trouver et d’expérimenter de nouvelles alternatives concrètes.

C’est ce que j’appelle un premier niveau conscient de spiritualité. Prendre profondément conscience de la situation actuelle, à un niveau global mais aussi individuel. Cultiver et nourrir un désir de changement. Rien que cela contribue fortement à faire évoluer l’individu mais aussi la société, indirectement, vers une élévation du niveau de conscience.

Par conséquent, je pense que chaque permaculteur cultive déjà en lui-même cette première dimension spirituelle. C’est déjà beaucoup et peut-être déjà suffisant pour faire bouger efficacement et durablement les choses.

2. La connaissance de soi et des autres

J’identifierais cette connaissance comme le travail personnel que l’individu est amené à entreprendre pour comprendre ses propres fonctionnements. Que ce soit dans ses rapports à lui-même, à ses propres émotions, que dans ses rapports aux autres. On pourrait mettre cela sous la bannière « Développement personnel », même si je trouve cela un peu réducteur.

permaculture-spiritualite_09A ce titre, les quelques approches de permaculture auprès desquelles je me suis instruit, abordent souvent et ingénieusement la question du développement personnel. Elles proposent par exemple des petits exercices individuels et collectifs, basés sur des techniques comme la communication non violente (CNV). La CNV nous invite à être attentif à ce qui se passe en nous et autour de nous. Afin d’apprendre à reconnaître nos émotions et à les exprimer, apprendre à communiquer avec l’autre de manière attentionnée et bienveillante. Certains outils de facilitation et techniques d’intelligence collective sont également proposés et expérimentés de manière ludique au sein des communautés de permaculteur. Apprendre ainsi à développer son potentiel créateur, que ce soit en individuel ou en groupe.

3. Son petit jardin secret…

permaculture-spiritualite_06Parler de ce troisième aspect de la spiritualité, c’est aborder une question qui n’est pas toujours posée ouvertement, ni enseignée nécessairement au sein des approches de permaculture. Nous rentrons là dans quelque chose de plus intime, de plus personnel. Où chaque individu est invité à exprimer sa vision profonde en la Vie, son univers intérieur et sa relation au monde.

Sur ce point, tous les permaculteurs ne sont pas forcément d’accord! Et heureusement d’ailleurs, c’est très bien ainsi! Cela favorise la diversité et, par conséquent, la notion de résilience qui est si chère aux permaculteurs 🙂

Derrière ce dernier niveau de spiritualité, certains penseront immédiatement à « croyance », « foi » ou « religion ». C’est bien plus large et ouvert que cela. En fait, ce qui est intéressant avec la notion de spiritualité, c’est qu’elle invite plus l’individu à se transformer de l’intérieur, sans nécessairement revendiquer son appartenance à un dogme ou à une idéologie.

Dans le cas du Bumi Langit, ce que j’ai trouvé tout à fait incroyable et unique en son genre, c’est le fait que des individus invitent les principes de l’Islam à venir s’incarner dans ceux de la permaculture. A moins que ce soit la permaculture qui vienne s’incarner dans les principes de l’Islam… Probablement que ce sont les deux à la fois. Islam et permaculture viennent alors à se féconder mutuellement pour vivre l’unité, célébrer et respecter le principe du Vivant en chaque être.

D’autres exemples de communautés spirituelles fondés sur les principes de la permaculture existent un peu partout dans le monde. C’est le cas depuis plus de 50 ans, de Findhorm, en Ecosse, ou de Auroville, en Inde.

Conclusion

Dans un monde qui bouge à un rythme de plus en plus effréné, je sens qu’il est « urgent de ralentir », comme le disait Fabian Feraux, un des formateurs en permaculture que j’ai rencontré à Bruxelles. Ralentir un peu afin de se ressourcer et de chercher en soi ce qui nous fait le plus vibrer « de l’intérieur ».

permaculture-spiritualite_18La permaculture est bien plus qu’une simple technique. C’est avant tout une façon d’Etre, une manière d’observer, de se comprendre et de comprendre le monde. De se sentir responsable de son propre bonheur, certes, mais aussi et surtout du bonheur collectif. Le permaculteur, je trouve que c’est un petit jardinier de la terre qui aime et prend soin de la planète avec son cœur.

Voilà, ce nouvel article à la rencontre de la spiritualité et de la permaculture touche à sa fin. J’espère qu’il t’aura plu. Si c’est le cas, n’hésite pas à laisser un petit commentaire. Si ce n’est pas le cas, n’hésite pas à laisser également un commentaire 😉

Pour aller plus loin

  • Découvrir la permaculture: http://www.permaculture.fr/
  • Visiter le Bumi Langit Institute: www.bumilangit.org

 




Entre Nature et Spiritualité: interview au Bumi Langit

Salut les Amis,

C’est une rencontre un peu particulière, un peu due au hasard (pour celles et ceux qui y croient encore) d’un monsieur qui dégageait tellement de sagesse, une certaine paix aussi. Un croisement entre Pierre Rabhi et Christophe André. Je ne dis pas ca pour le physique, mais vraiment pour l’aspect douceur, nature et spiritualité concentrées dans ce sage grand-père. Bref, j’aurais eu tort de ne pas m’arrêter !

L’imprévu… Rencontrer ce père tant sur le plan familial que sur le plan spirituel, fut tout à fait imprévu. En fait c’est arrivé parce que j’étais en retard sur le groupe de visite de la ferme. Bonne dernière, en train de prendre des photos de tous les animaux de la basse cour ! Ben oui, c’était trop mignon tu comprends ?! Les petites biquettes tout ca, tout ca… Et là au détour du chemin je tombe sur ce monsieur au regard d’un bleu qui fait que tu t’arrêtes et puis je sais plus, on commence à échanger. En route donc, pour ce formidable dialogue !

Histoire d’Iskandar et de son projet le Bumi Langit

spiritualiteCette ferme organique de permaculture est située dans le sud de Yogyakarta, sur les hauteurs d’une ville Imogiri. Elle a été fondée par Iskandar Waworuntu, notre Pierre Rabhi local donc, en 2006. Iskandar ne vivait pas en Indonésie jusqu’en 2000, année durant laquelle « il a embrassé l’Islam » touché par les messages et les textes coraniques. Son projet a commencé seul avec ses propres ressources et sa famille. Il y a tout juste 3 ans, ce projet est devenu une cocréation entre plusieurs familles. Depuis ils ont ouvert un restaurant à base des produits frais de la ferme. Ils ont également ouvert le Bumi Langit aux formations de permaculture.

Lorsque la famille Waworuntu s’est installée, il n’y avait rien, c’était un sol de pierres. Le terrain a été construit dans une logique de potentialiser tout ce qui poussait et vivait là. Aujourd’hui c’est un lieu luxuriant ! Iskandar s’est donné une mission et en tout premier lieu: appliquer les concepts de l’Islam en tout. A partir de là, l’essentiel de sa mission est de contribuer à développer un modèle de société plus juste, plus durable, plus aimant et « béni », le tout dans une souveraineté financière totale.

Bumi Langit signifie « du Ciel à la Terre »

Nous sommes liés au Ciel et à la Terre, c’est une évidence pour Iskandar. Enfants de la Terre, nous devons agir en conséquence, comme des êtres responsables de nos vies et cela veut dire déjà tellement de choses à découvrir en nous ! Quelques fois, on lutte en nous, nous nous sentons perdus, mais la Nature nous aidera toujours à trouver les réponses. La Nature se montre et se raconte à nous dans toute sa grandeur et sa vérité. En réalité, l’Homme et la Nature sont très proches. L’humain a oublié cela et aujourd’hui il s’en est tellement séparé qu’y revenir peut lui faire peur.

p1090794Pourtant Mère Nature reste abondante et nous enrichit chaque jour, généreusement et sans réfléchir parce qu’elle est remplie d’amour. Le lien est simple et il se trouve dans l’amour de la vie. Nous sommes ses enfants et nous devons réapprendre à travailler avec cette Nature, avec ces cycles et tout ce qu’elle peut nous montrer et nous apprendre de son intelligence. La Nature est parfaite. La Terre peut vivre sans nous, mais l’inverse n’est pas vrai. Pensez-y !

Si nous ne prenons pas soin de la Terre, c’est comme si nous ne prenions pas soin de nous. Et aujourd’hui l’homme doit avoir conscience qu’il a beaucoup détruit, qu’il a beaucoup utilisé et gaspillé. La Terre nous prête son nid et ses richesses le temps d’une courte vie humaine, autrement dit, un battement de cils. En détruisant la Nature, il détruit sa propre vie et celles de ses enfants. La permaculture c’est ce retour au respect mutuel. La considération pour la magie et le mystère de cette Nature. C’est vital de travailler à cet unité.

Quand je parle de terrorisme avec Iskandar…

NdR: je précise que j’ai posé cette question puisqu’à l’époque des attentats venaient d’avoir lieu à Jakarta, et ceux de Bruxelles dataient de même pas 10 jours.

Son visage s’est assombrit et un bref nuage d’incompréhension et de désolation passe sur son visage… il souffle… Les hommes qui ont réalisés ses attaques se sont perdus. Ils ne sont pas musulmans. Ils ne connaissent pas le Coran et ont renié l’amour de leur cœur. Les musulmans doivent renouer avec la grandeur et la beauté de l’être, dans la simplicité. Nous devons être humbles, nous sommes de passage ici et nous devons faire un maximum de bien ici.

Apprendre la spiritualité et restez humbles

p1090826-spiritualiteEnsuite, nous devons donner et offrir ce que nous pouvons pour à notre tour apprendre à accueillir. Que sommes-nous dans cet immense univers, sur cette si grande planète ? Qui pensons-nous pouvoir prétendre être ? Que prétendons nous comprendre de l’univers ? Tant de bêtises dans l’humain… Tuer l’autre pour quoi… Ce n’est pas un acte dont on peut se glorifier et penser qu’il sera récompensé… Non.

La Vie est Sacrée et au fond il n’y a pas besoin de le lire dans le Coran pour le savoir dans son Cœur. Dans les écoles, ils récitent et parfois sans comprendre, vraiment. Mais surtout, ils n’expérimentent pas la réalité de la vie et des enseignements. Ils vivent par procuration les choses qu’ils lisent et qu’on leur raconte. L’intellect s’appauvrit sans expériences concrètes de la vie. Qu’est ce qu’apprendre ? Regarde la vie. Ecoute autour de toi. Vois et comprends le lien que nous avons avec tous ce qui nous entoure.

L’avenir selon Iskandar

p1090785D’abord, il faut dire que l’avenir n’est pas très lumineux vu d’ici. Il faut s’y préparer et la permaculture est un outils à part entière pour favoriser l’autonomie alimentaire par exemple. Le prophète en parle tout autant que dans le christianisme ou dans d’autres religions. Des temps difficiles viennent. C’est inéluctable ,quand on voit les choix que l’homme fait au nom d’un profit temporaire et non d’un bien-être commun durable.

Un de mes maîtres, Imram Hosein, étudie l’eschatologie (Larousse: ensemble de doctrines et de croyances portant sur le sort ultime de l’homme après sa mort (eschatologie individuelle) et sur celui de l’univers après sa disparition (eschatologie universelle)). Il explique l’état géopolitique difficile de nos pays et les temps difficiles qui risquent d’en découler. On n’apprend pas l’eschatologie aux jeunes et pourtant c’est un savoir sur la fin des temps qui est important.

Ensemble, mais pour aller où ?

D’ailleurs, juifs, chrétiens, musulmans, nous partageons en quelque sorte la même histoire de tout ca. Mais dans notre tradition, le prophète Mahommet a été clair à ce sujet énumérant des signes qui se confirment jour après jour. Il a alerté les peuples en leur disant « mon temps et celui de la fin des temps sont vraiment proches l’un de l’autre », en montrant deux doigts de la main collés l’un à l’autre. Tout est dit. Et face à cela, nous devons être tous unis, de quelques religions et horizons que ce soit !

Imram Hosein a étudié en profondeur les textes et les événements géopolitiques en parallèle, et il essaie de comprendre la perspective du monde qui nous attend et comment s’y préparer. Il n’étudie pas que les textes de l’Islam mais aussi les textes chrétiens… et il est temps. Les signes du prophète sont là. Aucun endroit aujourd’hui ne permet de voir, d’entendre et de discerner où est la vérité de ce monde. Il faut se mettre en route, en nous profondément et dans la Nature. « Allez dans les montagnes », nous disait le prophète Mahommet,  « parce toutes les autres places seront polluées… ».

Ici j’ai trouvé mon refuge, ma paix et l’espace pour partager dans le respect et dans l’amour avec la Terre. Je suis dans cette gratitude constante de cette Nature si belle et si forte, qui me permet de vivre dans ce juste équilibre entre le Ciel et la Terre.

Précisions et un Grand Merci

p1090842Les propos sont rapportés de notre échange avec Iskandar Waworuntu, qui date du mois d’avril 2016.
Je les ai réorganisés pour que cela ne soit pas trop décousu à lire 😉

Merci à ce père de sagesse, à l’accueil chaleureux du Bumi Lamgit et de Meru ( fils d’Iskandar) qui nous a fait un chouette tour de cette jolie ferme organique. En fait, tout cela nous confirme que revenir à la légèreté, à la simplicité et au lien avec la Nature doit être central. Ca fait du bien des moments suspendus comme ca 🙂 Nous espérons que ce partage vous aura plu autant que nous avons aimé passer ce temps avec Iskandar, que l’on remercie encore de sa sagesse et de tout ses partages.

A bientôt les Amis 🙂

C&R