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Rencontre avec une guérisseuse Batak sur l’île de Samosir

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Salut les amis !

Aujourd’hui, après notre rencontre avec un guérisseur Balinais, nous t’emmenons découvrir une guérisseuse Batak 😉 Batak, c’est le nom donné à cette ethnie d’Indonésie qui compte plus de 6 millions d’invidus, la plupart vivant dans la province du Nord de Sumatra. Nous, nous avons rencontré le peuple Batak vivant sur l’île de Samosir, au milieu du Lac Toba. C’est en discutant avec les locaux du village de Tuk-Tuk que nous avons pu ainsi rencontrer une guérisseuse, ou datu comme ils sont plus généralement appelés dans la tradition Batak. Accroche-toi, ça déménage !

Synchronicité ou Hasard ?

Pour commencer, le plus extraordinaire de tout, c’est sans doute la façon dont nous avons rencontré cette vieille et sage dame. Deux jours auparavant, chevauchant pour la première fois depuis notre départ un super scooter que nous avions loué, nous partons à la découverte de l’île de Samosir… Chemin faisant, alors que nous suivons la route principale (à vrai dire, une seule grande route d’environ 300 km faisant le tour de l’île), nous décidons de faire une petite virée « exploratrice » en prenant un petit chemin sur la droite 😉 Le chemin est bien casse-pipe mais ne nous ne nous démontons pas. Rhéa descend du scootter le temps de traverser un passage compliqué, puis nous continuons notre percée en direction du lac. Au bout du chemin, nous arrivons à un « cul-de-sac », un pâté de maisons traditionnelles avec une grande cour centrale. Un chien nous accueille en aboyant… nous décidons de ne pas l’offenser et faisons demi-tour 😉

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Vous nous croirez ou pas mais le sur-lendemain, le guide local nous emmène chez la guérisseuse qui, tenez-vous bien, habite exactement au bout du chemin, là où nous avions fait demi-tour l’avant veille! Il est des jours où l’on se dit: « Et beh, quelle sacrée coïncidence quand même ! » 😉 Moi qui aime bien faire des statistiques, je ne me suis pas amusé à calculer, mais je peux seulement te dire que les probabilités sont plutôt faible d’être revenu exactement au même endroit… Enfin bon… Je crois que ce voyage n’a pas fini de nous étonner 🙂

Une rencontre suprenante

Cette fois-ci, le cadre est très différent de celui que nous avons vécu auprès du guérisseur balinais. Nous laissons notre scooter dans la cour. Quelques minutes plus tard, une vieille dame fortement voutée par le poids des années s’avance vers nous. On dirait qu’elle vient du jardin. Nous croisons furtivement son regard. Je suis surpris de constater qu’elle ne nous regardera presque jamais dans les yeux au cours de la rencontre, s’exprimant directement à notre guide/interprète. Difficile de lui donner un âge… Peut-être 80 ans, peut-être plus… En tout cas, elle nous confiera que cela fait plus de 25 ans qu’elle exerce son métier de Datu.

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 Sa bouche aurait pu faire fuir plus d’un touriste. Non pas à cause de sa dentition mais parce que le liquide rouge-orangé qui peinture ses lèvres et l’intérieur de sa bouche laisse à penser qu’elle vient de croquer un morceau de chair sanguinolante… En fait, comme nous avons pu l’expérimenter la veille, il s’agit d’une sorte de chique composée de la feuille d’une liane grimpante, le bétel (Piper betle), accompagnée de quelques « épices secrètes » et qui semblent posséder plein de vertus, notamment pour protéger les dents. Un goût… comment dire… « très spécial » 😉 En tout cas, je ne vous conseille pas d’en consommer avant un rendez-vous galant 😉

Nous suivons ensuite notre guide dans la maison de la vieille dame. Une demeure très sommère, très « pauvre » j’aurais envie de dire, autant d’un point de vue matériel (peu de meubles, pas de fenêtres) qu’hygiénique. C’est que les gens ici vivent avec très peu de choses et semblent s’en contenter la plupart du temps. C’est aussi une part de leur culture et de leur mode de vie et je pense que mon regard d’occidental est parfois un peu interpellé. Je me dis que ces gens sont probablement dans le besoin – ce qui est peut être le cas très souvent – néanmoins, ces gens là semblent aussi accoutumés à un mode de vie beaucoup plus précaire que le nôtre, sans nécessairement manquer de quelque chose… C’est un peu paradoxal…

La guérisseuse nous invite alors à nous assoir sur un tapis, les uns à côté des autres, puis de lui poser nos questions. Cette fois-ci, nous nous sommes bien préparés avec Rhéa 😉 Avant de venir, nous nous sommes dit : « Ok, nous sommes bien curieux de découvrir un peu comment cette dame s’y prend pour soigner. Mais ce qui serait chouette aussi, c’est de lui poser la même question personnelle que nous avions posée au guérisseur balinais, à savoir est-ce que notre couple est bien portant ? » 🙂 Pas fou, hein ? Comme ça nous poserons la question à tous les guérisseurs traditionnels que nous croiserons sur notre chemin et à la fin, nous ferons le bilan !

Révélations personnelles

revelation-guerisseuseL’extraordinaire commence alors… Après avoir préparé une petite chique à machouiller dont elle-seule a le secret, la vieille dame nous fait choisir à chacun une feuille de bétel pour y lire notre histoire personnelle et répondre à notre grande question 😉 La guérisseuse nous dira plus tard que c’est à ce moment là qu’elle rentre en connexion avec les Esprits. Ces derniers lui révèlent alors ce qu’il y a d’important à nous transmettre.

En ce qui me concerne, je vous partage simplement que la vieille dame me parle d’une âme ou esprit féminin. Elle se présente être la soeur de mon grand-père paternel et qu’elle est décédée relativement jeune. A cette évocation, je ne vois absolument pas du tout, mais vraiment pas du tout, de quoi elle me parle… Je me rends compte que je ne sais même pas si mon grand-père avait des frères et soeurs… Ce n’est que le soir, lorsque j’ai demandé à mes parents, que j’en ai eu la confirmation: mon grand-père avait bien une soeur, décédée entre 55 et 60 ans… Visiblement, ma grande tante m’accompagne et m’assiste lorsque je fais des massages 🙂

Pour Rhéa, l’expérience est tout aussi troublante. La vieille dame lui parle d’un homme et d’une femme qui nourrissent une certaine jalousie à son égard, notamment à cause des nombreuses amitiés que Rhéa a su développer dans son milieu personnel et professionnel. Le remède est simple: écrire sur sa voute plantaire le nom des personnes supposées malveillantes. Il n’y a plus qu’à fouler du pied ces esprits néfastes pour s’en débarasser et ne plus en être influencée 😉 Facile non ?

Quant à notre grande « Question d’Amour », non seulement nos histoires se complètent bien l’une et l’autre mais les deux feuilles de bétel pouvaient presque se superposer! Autant te dire que nous sommes un peu comme cul-et-chemise dans notre relation amoureuse 😉 Bonne nouvelle, non ?

La guérisseuse nous raconte un peu sa vie et sa pratique …

guerisseuse_batakDans la deuxième partie de la rencontre avec la guérisseuse, nous avons pu en savoir un peu plus sur sa vie et la manière dont elle procéde pour guérir les personnes qui viennent la consulter d’un peu partout, des quatres coins de l’île. Ce n’est qu’au milieu de sa vie (sans doute vers ses 40 ans) qu’elle a commencé à exercer son oeuvre de guérisseuse. Autant que nous avons pu le comprendre, c’est après un accident tragique, le suicide de sa belle-mère avec qui elle ne s’entendait pas du tout, que les Esprits ont réveillé en elle ses capacités de guérisseuse. Issue d’une lignée de guérisseur, elle est donc la digne héritiaire d’un savoir ancestral transmis de génération en génération.

Lorsqu’elle réalise le diagnostic d’une personne, ce sont généralement les Esprits, notamment les esprits de ses grands-parents, qui lui insufflent la connaissance sur l’état et la problématique de la personne ainsi que les remèdes les plus appropriés. Chose importante, c’est toujours par l’intermédiaire de la feuille de bétel que la guérisseuse semble décoder le message de Esprits. A chacun son média pour décrypter le language des Esprits… Pour notre guérisseur Balinais, il s’agit d’un livre, chez notre guérisseuse Batak il s’agit de la feuille d’une liane…

Pour les Datu, la plupart des problématiques chez les gens procède généralement de l’influence néfaste de mauvais esprits sur la personne. Grâce à la guérisseuse, notre guide nous confie alors avoir été lui-même débarrassé de plusieurs mauvais esprits qui le possédaient à l’époque. Une autre fois, la guérisseuse a su guérir efficacement sa clavicule cassée. Quoiqu’il en soit, la guérisseuse demande toujours au préalable aux Esprits, les bons remèdes et conseils  pour la personne.

Cette deuxième rencontre avec un guérisseur en Indonésie nous montre combien la médecine traditionnelle chez les Bataks Toba, et plus généralement leurs croyances animistes ancestrales, sont encore largement intégrées dans la société contemporaine. D’ailleurs, leur culture traditionnelle se mélange très bien avec la religion principale qu’est le Catholicisme, « importé » il y a 200 ans à peine. Sans trop s’épancher sur le sujet, la guérisseuse nous confit ne pas nourrir d’affection particulière à l’égard de la médecine moderne… Ce qui est sûr, c’est que les Bataks Toba viennent généralement consulter le guérisseur traditionnel avant de se tourner vers la médecine moderne, d’autant qu’ils restent encore assez isolés géographiquement des grandes métropoles et de leurs services de santé.

Ce que nous retenons

apprentissage-guerisseuseDe façon générale, les médecines traditionnelles en Indonésie nous apparaissent comme très diversifiées et l’on n’aurait pas assez de toute une vie pour toutes les explorer… A moins que vous ne nous souteniez par vos dons généreux ! 🙂 Nous nous sentons très reconnaissant et joyeux de décrouvrir l’intérieur de notre beau monde et de ses différentes cultures. Peut-être qu’une fois prochaine, nous tenterons d’aller encore plus loin à la rencontre des médecines traditionnelles en tentant de vivre plusieurs jours au côté de guérisseurs qui accepteraient bien de nous accueillir parmi eux… On verra bien si l’occasion se présente !

Nous espérons que ce nouvel article t’a plu. N’hésite pas à le partager autour de toi, à nous écrire tes commentaires et tes réflexions. C’est que nous prenons aussi un grand plaisir à nourrir cet échange de voyage avec toi 🙂

A bientôt pour de nouvelles aventures !

Clément & Rhéa

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5 commentaires

  1. Bonjour, actuellement à Tuktuk, j’ai rencontré la même guérisseuse il y a deux jours….
    Je viens de découvrir votre blog, et du coup je me demande si vous pouvez m’´indiquer comment rencontrer votre guide local.
    Celui qui m’a permis de la rencontrer à un anglais trop faible, bien que meilleur que mon Bahama ou mon Batak….
    Le vôtre me semble avoir un vocabulaire plus précis…
    Merci d’avance de bien vouloir partager et bravo pour votre blog et vos partages.

    • Salut Nana de Paname 😉
      Merci de ton retour ! C’est super d’avoir rencontré la même guerisseuse ! Ah ah ah 😀
      Nous y sommes allés avec le mari de la vendeuse de la boutique de souvenirs qui se trouve juste à côté Jenny’s restaurant (dans le coin de la rue après la Hariara Guesthouse). 80.000 ou 90.000 Idr (8€-9€) pour le scooter avec le plein et les casques.
      Voilà ! n’hésite pas si tu as d’autres questions !
      A bientôt et merci beaucoup <3
      C&R

  2. Merci!
    Je dois avouer que j’étais super contente de ma « trouvaille » et sûre d’être la première occidentale qu’elle rencontrait…quelle surprise en lisant votre blog que de voir sa photo!
    J’y suis finalement retournée seule, juste pour observer…intéressant dialogue muet!
    Encore merci à vous pour le partage

    • Salut Nana,

      Oui ça nous avait fait un peu cet effet là à nous aussi 😉

      J’espère que tu as tiré bonne expérience de cette rencontre 😉

      Bises

      Clément & Rhéa

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