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Déforestation: des pistes d’espoir !

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Salut les amis !

Aujourd’hui, nous poursuivons notre petit tour autour de la question de la déforestation. Dans un précédent article, nous sommes arrivés au triste constat que l’évolution de l’être humain le conduit en quelque sorte à scier la branche sur laquelle il est assis… En détruisant la Nature par une déforestation à outrance, non seulement de nombreuses espèces vivantes continuent de disparaître, mais l’être humain risque de précipiter sa propre perte. Aujourd’hui, nous allons tenter d’entrevoir quelques pistes d’optimisme ! Et oui ! Faut pas se laisser abattre quand même !

Le regard panoramique de plusieurs chercheurs sur la question

Nous avons rencontré le Dr. Jean-Marc Roda qui est chercheur au CIRAD (l’organisme français de recherche agronomique et de coopération internationale pour le développement durable des régions tropicales et méditerranéennes). Installé depuis plusieurs années à Kuala Lumpur, il travaille à l’Institut de Recherche sur les Forêts de Malaisie (FRIM). Il est expert dans le domaine des enjeux géopolitiques et socio-économiques liés à la déforestation.

Au FRIM, nous avons également eu la chance de rencontrer le Dr. Lim Hin Fui qui est anthropologue et qui connait très bien les problématiques liées à l’intégration et la reconnaissance des peuples indigènes en Malaisie. À ses côtés, nous avons même échangé sur des sujets très différents, comme l’alimentation et la manière de favoriser l’harmonie au sein des familles et des sociétés. Une vision inspirée, entre autres, du Confucianisme… Mais cela, c’est une autre histoire que nous vous conterons peut-être dans un prochain article 🙂

deforestation_09De fil en aiguille, nous avons également eu la chance de rencontrer la Dr. Margarita Naming, chercheuse au Sarawak Biodiversity Centre, sur Bornéo. Elle travaille principalement sur la préservation des plantes médicinales et des savoirs ancestraux des peuples indigènes.

Grâce à ces personnes, notre compréhension de la problématique et des enjeux liés à la déforestation s’est un peu élargie et nous a permis de nourrir un peu d’optimisme 😉

Déforestation: les deux faces d’une même pièce

Selon J-M Roda, parmi les causes profondes de la déforestation nous retrouvons principalement: la pauvreté et l’absence de gouvernance solide. Ces deux problématiques sont comme les deux faces d’une même pièce. Y remédier en profondeur serait l’espoir de voir se dessiner une gestion raisonnée et durable des ressources naturelles. Mettre fin à une déforestation insatiable, comme c’est encore le cas en Indonésie, notamment à Sumatra, mais aussi dans d’autres pays tropicaux comme en Amérique latine.

Lutter contre la pauvreté

1. Sensibiliser les paysans à de nouvelles pratiques agricoles

deforestation_10Dans les pays comme l’Indonésie, J-M Roda nous apprend, contrairement à certaines idées reçues, que les gens dans la pauvreté sont malheureusement très souvent les premiers acteurs et victimes de la déforestation. Chaque année, de nombreux petits paysans sont à l’origine de plusieurs départs de feux qui finissent par être complètement incontrôlables. A la base, ces départs de feu sont volontaires. Ils s’inscrivent dans une pratique traditionnelle qui s’apparente à l’agriculture sur brûlis.

Seulement, les changements climatiques récents ont commencé à perturber les cycles climatiques naturels dans ces régions. Et ce qui était un petit feu gérable à l’échelle humaine devient une fournaise et un brasier dévastateur complètement incontrôlable. Cet immense brasier génère ce qu’on appelle en anglais le fameux «haze». Le«haze» conduit à une énorme pollution atmosphérique, ravage des centaines d’hectares de forêt vierge et détruit un nombre incommensurable d’espèces vivantes.

deforestation_12Pour réduire les risques d’incendie, J-M Roda évoque l’importance de sensibiliser les paysans à de nouvelles pratiques agricoles. Bien-entendu, il ne s’agit pas nécessairement de mettre fin à des pratiques traditionnelles au profit de nouvelles pratiques modernes et industrielles. Simplement, adapter les pratiques traditionnelles aux nouveaux enjeux environnementaux.

Personnellement, je pense à des approches comme la permaculture. La permaculture permet de conserver à la fois un savoir traditionnel, tout en respectant profondément les ressources environnementales et assurer un développement économique et humain durable. Je vous invite à lire au sujet de la permaculture, deux articles que nous avons écrits à la suite de notre visite du Bumi Langit, en Indonésie (1 & 2).

2. Offrir un accès raisonné et facilité à la propriété du sol

Malheureusement, certains des départs de feux destructeurs sont également déclenchés par des gens dans la pauvreté qui ne trouvent pas d’autre façon de s’approprier des terres que de mettre le feu à certaines parcelles en lisière de forêt. Fatalement, ces départs de feu finissent souvent par devenir totalement incontrôlables.

Un accès raisonné aux terres ne peut s’envisager sans une gestion équitable des ressources naturelles orchestrée par un pouvoir gouvernemental éclairé par la cause environnementale et sociale. Afin de garantir la meilleure régulation et exploitation des ressources naturelles, tout en permettant aux gens de vivre et de se développer économiquement et humainement de manière décente.  Ce rôle important de la gouvernance, nous le détaillons un petit peu plus bas. Vous me direz sans doute : « Eh bien, il y a du boulot ! ». Ce n’est pas faux. Mais ce n’est peut-être pas irréalisable pour autant !

3. Préserver les savoirs ancestraux des peuples primaires

Lutter contre la pauvreté, c’est aussi valoriser les ressources naturelles tout comme les savoirs ancestraux des peuples indigènes, de façon à protéger un Inestimable patrimoine biologique et culturel. Cela peut se faire et se fait déjà dans certains pays, comme la Malaisie, en développant par exemple l’écotourisme et le commerce équitable. Ce patrimoine biologique, c’est également un fabuleux vivier de molécules naturelles qui sont à l’origine des nouveaux médicaments de demain. L’industrie pharmaceutique a donc tout intérêt, elle aussi, à préserver les ressources naturelles.

deforestation_16Les chercheurs que nous avons rencontrés en Malaisie, comme le Dr. Lim Hin Fui et la Dr. Margarita Naming, nous parlent des nombreux efforts entrepris depuis plusieurs années en vue d’une conservation optimale des ressources biologiques. Nous en avons d’ailleurs fait un peu l’expérience !

Aujourd’hui, les aires de forêt primaire protégées en Malaisie sont plutôt bien délimitées, notamment grâce au travail du FRIM. Ce qui fait que si un chercheur ou un entrepreneur souhaite travailler sur un secteur protégé, il doit s’armer de bons arguments et de patience afin que son projet puisse voir le jour. D’autant que l’accord de ce projet ne pourra généralement se faire sans l’approbation des peuples indigènes directement concernés. Cela ne veut pas dire que tout est parfait à ce niveau là. Mais il y a tout de même du bon.

Quoiqu’il en soit, on le voit, lutter à tous les niveaux contre la pauvreté ne peut se faire sans l’appui solide d’un gouvernement structuré et organisé…

Une gouvernance structurée et éclairée

J-M Roda nous confie que la Malaisie est probablement l’un des pays « modèles » qui gère le mieux la question de la déforestation, même si ce n’est pas la panacée. Il faut savoir que la Malaisie est une monarchie fédérale parlementaire multipartite dont la religion d’état est l’Islam… En gros, on se rapproche d’une démocratie en apparence, même s’il n’est pas de bonne augure de parler de tout et de n’importe quoi avec n’importe qui  😉

1. Planification intelligente des ressources

deforestation_13La Malaisie est donc plutôt bien organisée, ce qui lui a valu d’établir depuis plusieurs décennies déjà un plan de gestion à long terme de ses forêts avec, pour objectif, de conserver 50 % de ses forêts primaires. On pourrait toujours contester cet objectif. Mais ce que je retiendrai, c’est qu’aujourd’hui la Malaisie a pratiquement atteint cet objectif et que les nouvelles surfaces déforestées commencent à diminuer jusqu’à atteindre un certain « plateau ». La déforestation commence donc à laisser place à une gestion renouvelée des cultures industrielles déjà établies, comme les cultures d’huile de palme.

2. Collaborations « gagnants-gagnants »

deforestation_17Une gouvernance éclairée et intelligente, c’est aussi le fruit de beaucoup de patience, de dialogue et des collaborations internationales efficaces, nous témoigne J-M Roda avec quelques étincelles dans les yeux. Une condition essentielle, c’est que ces collaborations soient réellement le fruit d’un travail collectif entre les différents acteurs concernés. Et plus important encore, que les acteurs locaux s’approprient « à leur façon à eux » le savoir partagé.

Ainsi, les locaux deviennent à la fois plus conscients, plus concernés, plus indépendants et donc plus à même de mener efficacement les actions appropriées. Oublier donc les « vieilles recettes coloniales » où les pays extérieurs (pour ne citer que l’Occident) arrivent avec un projet « tout fait » et l’imposent de manière un peu « impériale »… Sous-entendu: « on va vous montrer un peu comment il faut que vous fassiez ».

3. Une « juste » touche de protectionnisme

deforestation_20L’entretien avec la Dr. Margarita Naming, au centre de biodiversité à Sarawak, nous a permis de constater à quel point les autorités étaient très à cheval sur la protection de leurs ressources naturelles !

Le centre de biodiversité se concentre particulièrement sur le référencement des diverses plantes médicinales et de leur usage par les différentes peuples indigènes. Des collaborations étroites sont développées entre le centre de biodiversité et les différentes tribus. Il en résulte qu’aucune prise de décision n’est prise sans l’accord préalable des peuples. Du coup, cela garantit une certaine intégrité et protection des peuples et de leur savoir. D’un autre côté, nous qui voulions rencontrer ces peuples traditionnels, notamment leurs médecins traditionnels,  et bien c’était pas si facile de le faire sans demander l’autorisation préalable des peuples. De même pour la recherche scientifique, il est nécessaire de remplir des formulaires de demande d’autorisation assez contraignants.

Au final, j’ai trouvé personnellement que cette forme de protectionnisme et de vigilance un peu exacerbée de la part du centre de biodiversité avait au moins le mérite de souligner l’importance que le gouvernement accorde à la protection de ses ressources naturelles. Ce n’est malheureusement pas systématique chez la plupart des autres pays concernés par la déforestation.

Et nous à notre niveau, que pouvons-nous faire ?

La déforestation touche certaines régions du monde en particulier et nécessitent inévitablement une remise en question profonde des pratiques économiques et politiques des pays directement concernés. Il n’en demeure pas moins que la déforestation est une problématique globale qui nous touche à nous aussi plus ou moins directement.

Nous pouvons nous sentir un peu impuissant face à cette problématique de la déforestation qui peut paraître bien loin de notre champ d’action. En réalité, nous aussi nous pouvons tirer un peu sur les ficelles, à notre petite échelle. Plus nous serons de petits bras à tirer sur ces ficelles et plus nous pourrons former un levier suffisant puissant pour faire bouger la machine. Voici quelques pistes de réflexion et d’action que nous pouvons entreprendre à notre niveau.

1. S’informer et se faire sa propre opinion.

deforestation_21A l’heure du numérique, nous sommes souvent noyés par le flot d’information… S’informer de manière fiable et indépendante, c’est pas toujours facile. Réfléchir et se faire une opinion soi-même l’est encore moins.

Personnellement, depuis quelques années nous avons choisi de ne plus beaucoup regarder les informations nationales. Principalement parce que leur contenu nous paraît quelque peu « appauvri » et exagérément « déprimant »  par rapport à l’état réel de la situation… Nous privilégions de loin le journalisme d’investigation et de bons documentaires bien ficelés qui traitent intelligemment de sujets souvent complexes…

2. Cultiver l’optimisme

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Alors que la majorité des gens aspirent au bonheur, la réalité du quotidien nous ramène souvent à la souffrance du monde et à notre propre souffrance. Je reconnais que cela donne parfois envie de baisser les bras. Pour cultiver l’optimisme, je crois qu’il faut retrouver un peu notre cœur d’enfant… Je vous invite à ce sujet à écouter la musique que j’ai composée « Je T’Emmène en Musique #2: Maturation » et les réflexions qui l’accompagnent !

Cultiver l’optimisme, c’est aussi opter pour la confiance que nous sommes maîtres de notre destin, bien plus que nous ne l’imaginons parfois. En s’accordant notamment le temps et les moyens de parvenir à nos aspirations les plus profondes… C’est en partie grâce aux fruits de l’optimisme que nous sommes parvenus avec Rhéa, à rendre possible notre voyage en Asie

3. Réfléchir à son mode de consommation.

deforestation_24Dans le collimateur de la déforestation en Malaisie et en Indonésie, il y a inévitablement la culture d’huile de palme. Rappelons que la majorité de la production industrielle d’huile de palme en Asie du Sud-Est est exportée vers l’Europe, essentiellement pour nos propres besoins alimentaires… Rappelons que la déforestation, c’est également l’exportation de bois exotique ainsi que l’explosion de surfaces agricoles dédiées à l’industrie de la viande. Concernant ce dernier point, je vous invite fortement à visionner le documentaire Cowspiracy.

Là où je veux en venir, c’est que nous pouvons faire le choix citoyen de favoriser de plus en plus les circuits courts de consommation dans notre vie de tous les jours. Favoriser les liens directs entre les consommateurs et les producteurs (e.g. AMAP, GASAP, La Ruche qui dit Oui!, etc.) ainsi que les artisans locaux. Si en plus, on privilégie des produits sains, respectueux de l’environnement, c’est la cerise sur le gâteau ! Et le pompon sur la cerise, ce serait de diminuer intelligemment notre consommation de produits d’origine animale (notamment viandes et poissons) tout en augmentant nos ration de légumes (notamment du cru) !

Rien que des petits changements de ce style, au niveau individuel et familial, peuvent finir par peser sur la balance économique et sociale de nos comportements collectifs.

4. S’engager

permaculture-spiritualite_16Je pense que le premier engagement, c’est avant tout celui que l’on se fait vis-à-vis de soi-même: 1) s’informer correctement pour se faire sa propre opinion; 2) cultiver l’optimisme et 3) commencer à intégrer des changements dans son mode de vie. Commencer donc à se changer soi-même pour voir ensuite des changements s’opérer dans le monde.

Une fois que l’on se sent affermi et en cohérence au niveau individuel, entre ses convictions profondes et ses actions, alors l’engagement à un niveau collectif (associatif, voire politique) peut devenir réellement effectif. Et contribuer à des changements profonds et significatifs au cœur de la société. Pourquoi ne pas soutenir un Organisme Non Gouvernemental ou une association luttant contre la déforestation ou la protection de la Nature ? Certainement. Restons toutefois vigilent et critique afin de ne pas s’embarquer sans réfléchir dans la première ONG venue!

Conclusion

Voilà les amis, notre deuxième article sur la vaste question de la déforestation touche à sa fin. J’espère que vous aurez appris certaines choses. Comprendre notamment que cette problématique est une problématique globale sur laquelle chacun d’entre nous peut avoir une plus ou moins grande influence.

De plus en plus, je prends conscience que si des changements profonds doivent s’opérer à une grande échelle de notre société, cela se fera grâce aux pouvoirs politiques, certes, mais aussi et surtout par les initiatives citoyennes de tout un chacun. J’ai le sentiment qu’il est préférable de pas attendre des politiques qu’ils nous proposent des solutions toutes prêtes et sur mesure. Mais au contraire, faire plutôt preuve d’initiative individuelle, réfléchie et consciente, en toute légalité ! 🙂

A bientôt pour de nouvelles aventures !

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